Ce samedi 23 juin, les dirigeants européens ont réussi à trouver un accord pour sortir de l’impasse institutionnelle dans laquelle l’Europe était plongée depuis le double non franco-néerlandais au projet de traité constitutionnel. Le moteur franco-allemand bien huilé ne s’est pas grippé et a pu emporter la décision par une répartition intelligente des rôles.
Pour autant, ce traité simplifié sur le fonctionnement de l’Union n’a en réalité de simple que le nom comme a pu le souligner le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
Quelle analyse peut-on en faire ?
En premier lieu, ce Traité ne comporte plus de préambule ni les symboles proposées dans la Constitution, alors qu’ils donnaient un sens réel à la citoyenneté européenne. La libre concurrence et non faussée disparaît aussi des objectifs de l’Union.
Il reprend par contre les principaux changements institutionnels :
· La mise en place d'un président permanent de l'UE
· Un représentant de la politique étrangère, et
· De nouvelles compositions du Parlement et de la Commission dans une Union élargie.
A la demande du Royaume Uni le "ministre européen des affaires étrangères" change de titre au profit de "haut représentant de l'Union pour la politique étrangère et la sécurité".
Celui-ci présidera de façon permanente les réunions ministérielles et occupera également le poste de vice-président de la Commission, fusionnant les fonctions du Haut représentant, Javier Solana, et celles de la commissaire chargée des relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Le haut représentant de la politique étrangère sera soutenu par un service d'action extérieure composé de diplomates européens et nationaux.
Autre élément de satisfaction, la Charte des droits fondamentaux devient juridiquement contraignante. Malheureusement elle ne s’appliquera pas au Royaume-Uni qui craint que cette charte remette en cause la flexibilité du marché du travail britannique. Parmi les nouveaux éléments introduits figurent une séparation plus stricte entre l'UE et ses Etats membres, un plus grand pouvoir accordé aux parlements nationaux et la possibilité de mener une coopération policière et judiciaire plus étroite en matière pénale.
Le système de vote à la double majorité, requérant l'assentiment de 55% des Etats membres et 65% de la population européenne et par conséquent favorisant les grands Etats membres, a été reporté à la demande de la Pologne en 2014, lorsque l'UE aura établi la planification de son budget à long terme pour la période 2014-2020. Le nouveau système de vote s'appliquera pendant une période de transition entre 2014 et 2017, mais tout Etat membre pourra encore exiger que l'ancien système de vote soit utilisé s'il le souhaite. De plus, une clause spéciale complexe, une « usine à gaz » facilite la formation d'une minorité de blocage au cours de cette période.
La Pologne a également réussi à obtenir une clause de solidarité en matière d'énergie, soulageant ses préoccupations concernant les relations difficiles avec la Russie.
Reste maintenant à écrire dans le détail l’accord politique et à le faire adopter en conférence intergouvernementale.
Alors cet accord est évidemment mieux qu’un échec. La France reprend son rang en sortant d’une période de frilosité politique sans précédent, l’Europe reprend confiance. L’enjeu est désormais de la rapprocher véritablement du citoyen.
Eric Delhaye
Porte-parole de CAP 21
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