Entretien avec Xavier FRESQUET, Délégué Départemental du Var
10 octobre 2006
La gestion des déchets varois fait régulièrement la une des journaux locaux. Que pensez vous de la situation actuelle ?
La situation départementale est malheureusement à l’image de bon nombre de départements français. La majeur partie de nos déchets part directement en incinération ou en centre d’enfouissement alors que la collecte sélective, le tri et le recyclage stagnent et sont relativement limités. Il y a bien ici ou la des démarches locales mais qui sont souvent timides et mal adaptées.
Un sujet me tient particulièrement à cœur, c’est celui de l’incinération. L’ incinérateur de Toulon doit être progressivement abandonnés en raison des risques sanitaires majeurs, du surcoût et l’incompatibilité avec une bonne politique de gestion des déchets dans le cadre du développement durable.
Pourquoi un positionnement aussi tranché contre l’incinération ?
Il s’agit clairement d’une aberration environnementale. L’incinérateur s’oppose à toute politique de recyclage et de valorisation. Son coût de fonctionnement est par ailleurs important et pour qu’il soit rentable, il faut lui fournir des déchets qui brûlent, dont notamment les cartons et papiers que nous nous donnons la peine de trier !
C’est un non sens et de plus, en brûlant des ordures ménagères brutes, on ne s’interroge pas sur le contenu de nos poubelles. Donc, c’est la négation même de tout effort et de toute politique de tri sélectif, du recyclage et de la valorisation des déchets ménagers. L’incinération est également dangereux pour la santé. De par la nature de ses rejets, l’incinérateur produit un grand nombre de substances très toxiques qui pénètrent et s’accumulent dans la chaîne alimentaire et dans l’organisme. Les premiers impacts sanitaires recensés portent sur l’accroissement de certains cancers au sein des populations riveraines ainsi que des effets sur la reproduction.
Mais pourtant l’incinérateur est une forme de valorisation puisqu’il produit de l’électricité ?
C'est encore un argument fallacieux avancé par les décideurs car le rendement est faible pour un investissement lourd et l’électricité produite rachetée par EDF est subventionnée par l’état. Quel sont alors les perspectives de solutions pour le département ?
Il convient d’entreprendre une véritable révolution dans la gestion des déchets. Les deux objectifs majeurs sont la réduction de la quantité de déchets ultimes générés et la transformation d’une grande partie des déchets en ressources.
Pour cela, il faut parvenir à la fois à diminuer la production de déchets à la source et à augmenter le tri sélectif, la valorisation et le recyclage
De manière plus concrète, il faut savoir que depuis début 2005, la gestion des déchets est de la compétence du conseil général. A charge pour lui de faire le point sur le Plan départemental d’Elimination des Déchets existant et en cours jusqu’en 2007, de l’adapter et surtout de mettre en place une future politique de gestion des déchets pour le département.
Nous sommes donc dans une étape critique, car de la réflexion engagée au niveau du département vont dépendre les choix stratégiques dans la gestion des déchets pour les prochaines générations.
Ce que propose aujourd’hui le conseil général ? Une étude pour trouver de nouveau site d’enfouissement des déchets…
Nous demandons qu’il y ait une révision du plan départemental qui intègre notamment un objectif programmé de « zéro incinération » ainsi qu’un programme ambitieux de mise en place de collecte sélective, de tri sélectif, de recyclage et de valorisation.
Des outils qui ont fait leur preuve peuvent être mise en place comme par exemple la Redevance Incitative à la place de la Taxe sur les Ordures Ménagères. Le principe repose sur le fait que l’usager paie en fonction des quantités d’ordures brutes qu’ils jettent et non sur la valeur ou la surface de son logement. Un système de pesée embarquée permet de valider la manipulation. Cette incitation a permis de réduire de 2/3 les tonnages de déchets dans certaines communes, les usagers augmentant leurs efforts de tri, de comportements d’achats, ou encore de compostage des déchets verts pour les zones rurales ou péri-urbaines.
Mais des déchets, il en restera toujours ?
L’objectif « zéro déchet » ne me semble pas utopique sur le long terme.
A moyen terme les centres d’enfouissement de déchets du département doivent clairement être réservés uniquement aux déchets ultimes dépourvus de tout ce qui peut est valorisable.
Ces centres doivent par ailleurs être exemplaire en terme de norme, de risque environnemental et sanitaire. Le biogaz doit par exemple être utilisé pour produire de l’énergie et non être brûlé.
Mais pourtant vous vous êtes opposés récemment au projet de centre d’enfouissement des déchets sur Cabasse ?
Oui et ceci pour deux raisons.
La première, comme je viens de vous l’évoquer, repose sur notre proposition de n’utiliser les centres d’enfouissement que pour les déchets réellement ultimes. Le département compte aujourd’hui déjà quatre sites. C’est amplement suffisant pour accueillir ce qui ne pourraient pas être valorisé et même en fermant l’incinérateur de Toulon. Nous n’avons pas besoin de nouveau centre sur le département et encore moins de trois comme semblent le suggérer certain. La deuxième repose sur le site de Cabasse en lui-même. C’est non seulement un site splendide recouvert de chênes blancs au milieu des vignes et des domaines mais en plus il se situe sur le bassin versant de l’Issole cours d’eau qui alimente le lac de Carcès. Il faut savoir que cette retenue alimente en partie toute l’agglomération toulonnaise en matière d’eau potable. Certains veulent prendre le risque de contaminer cette eau ? Moi non.
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